Le rapport sur le marché du travail australien n’a pas été favorable à l’Aussie. C’est précisément pour cette raison que la paire AUD/USD n’a pas réussi à franchir le niveau de résistance de 0,7130 (la ligne supérieure des Bandes de Bollinger sur le graphique D1), malgré l’affaiblissement général du billet vert. Les « Non-Farms » australiens ont renforcé les anticipations accommodantes du marché concernant les futures décisions de la RBA. Le rapport de jeudi a apporté un argument supplémentaire en faveur d’une position plus souple de la banque centrale après la publication des chiffres de l’inflation. Par conséquent, les positions longues sur la paire AUD/USD paraissent risquées, même dans le contexte du repli du DXY.

Le signal le plus inquiétant du rapport publié jeudi a été la baisse inattendue de l'emploi total. En juillet, le nombre d’Australiens occupés a diminué de près de 16 000 personnes (15 800), alors que le marché anticipait une hausse d’environ 12 000. La tonalité « rouge » de cette publication contraste particulièrement avec le résultat relativement solide de juin, lorsque l’emploi avait augmenté de plus de 80 000. Parallèlement, le taux de chômage est passé de 4,4 % à 4,5 %.
La composition du rapport soulève elle aussi davantage de questions qu’elle n’apporte de réponses. D’un côté, l’emploi à temps plein a augmenté de 16 300 personnes (atteignant 10,2 millions). Cependant, ce résultat a été entièrement compensé par une contraction de l’emploi à temps partiel : cet indicateur a reculé de 32 200 personnes. Cela signifie qu’il y a eu une détérioration notable du segment des emplois à temps partiel en juillet, ce qui signale les premiers signes d’un affaiblissement de la demande de main-d’œuvre.
Un autre signal négatif réside dans la baisse du nombre d’heures travaillées. En juillet, le volume total d’heures travaillées a diminué de 12 millions d’heures, soit de 0,6 % sur le mois. Cet indicateur est nettement plus important que l’évolution du nombre d’emplois, car cette dynamique montre que la demande de travail peut s’affaiblir non seulement via une baisse des embauches, mais aussi via une réduction de la charge de travail des salariés déjà en poste. Dans le même temps, le taux de participation à la population active est passé de 64,0 % à 63,9 %, et le niveau de participation à 66,9 %. Par ailleurs, le nombre de chômeurs a augmenté de 4 200 personnes.
La dernière « pièce du puzzle » concerne l’indicateur du sous-emploi. Il est resté à 6,4 % en juillet et a augmenté de 0,5 point de pourcentage sur un an. Comme on le sait, cet indicateur clé reflète les réserves cachées du marché du travail : une personne peut être considérée comme occupée sur le plan formel, tout en travaillant moins d’heures qu’elle ne le souhaiterait.
Dans l’ensemble, la combinaison d’une hausse du chômage, d’une augmentation du sous-emploi et d’une baisse du volume total d’heures travaillées dresse un tableau assez négatif, signalant une détérioration non seulement quantitative, mais aussi qualitative de la situation de l’emploi.
Les « Australian Non-Farms » doivent être examinés à la lumière des derniers rapports sur l’inflation. Pour rappel, le rapport trimestriel sur la croissance de l’IPC s’est révélé nettement plus faible que prévu. À la fin du deuxième trimestre, l’indice général des prix à la consommation a augmenté de 3,9 % en glissement annuel, après une progression de 4,1 % au premier trimestre. La hausse trimestrielle n’a été que de 0,6 %, contre 1,4 % au trimestre précédent. L’inflation sous-jacente (trimmed mean) est elle aussi ressortie plus faible que prévu, à 3,6 % sur un an et 0,8 % sur un trimestre.
Autrement dit, le tableau fondamental pour le dollar australien devient de plus en plus sombre et « dovish ». Auparavant, la combinaison d’une inflation sous-jacente élevée et d’un marché de l’emploi solide permettait aux opérateurs d’anticiper une nouvelle hausse de taux cette année. Mais un contrepoids sérieux est désormais apparu dans cette équation : la dégradation du marché du travail.
Il est évidemment encore trop tôt pour parler de perspectives de baisse du taux directeur de la RBA. Le rapport « Australian Non-Farms » pour juillet concerne davantage un changement dans l’équilibre des risques qu’un renversement complet de celui-ci. La progression régulière de l’emploi à temps plein fait figure de « goutte de miel ». Cependant, le recul de l’emploi total (du fait de la baisse des postes à temps partiel), la hausse du chômage et le recul des heures travaillées composent un tableau très convaincant d’un refroidissement progressif du marché du travail. Si les données à venir confirment ce ralentissement de l’emploi tout en maintenant une dynamique désinflationniste, le marché passera progressivement des attentes d’une nouvelle hausse de taux à des discussions sur le calendrier d’une baisse.
La faiblesse de la publication n’a pas permis aux acheteurs de l’AUD/USD de « prendre leur envol », malgré l’affaiblissement général du billet vert. Dans ce contexte, le principal niveau de résistance reste l’objectif de 0,7130 (la borne supérieure des Bandes de Bollinger sur le graphique quotidien). Si les acheteurs ne parviennent pas à dépasser ce niveau, l’équilibre s’inclinera de nouveau en faveur des positions vendeuses. Les principaux objectifs du mouvement baissier seront 0,7070 (la limite supérieure du nuage Kumo sur le graphique D1) et 0,7050 (la ligne médiane des Bandes de Bollinger sur la même unité de temps).